
Ce matin, sur les Champs-Élysées, la France recevra les armées de trente-cinq nations. Nous saluerons nos soldats, et avec eux ceux qui ont choisi de tenir debout à nos côtés. Nous serons fiers d’eux et à juste titre. Mais je veux dire ce que ce jour doit être, au-delà de l’émotion d’un matin : un rendez-vous. Le rendez-vous de la France avec elle-même.
Un monde en guerre nous rappelle qu’un défilé militaire n’est pas une parade, mais une préparation, une vigilance et un devoir. En Ukraine, la guerre s’éternise, plus longue que la Première guerre mondiale. La paix n’est préparée par personne. L’Europe prend toute sa part de la défense du droit international et de la sécurité européenne grâce à la coalition des volontaires. Mais sa diplomatie et ses dirigeants doivent aujourd’hui prendre l’initiative de la paix, convaincre la Russie de la nécessité d’un armistice durable. Au Moyen-Orient, la guerre reprend et l’on menace des centrales électriques et des usines de dessalement. Le droit international est cependant clair : l’eau et l’électricité ne sont pas des cibles militaires. En dépit des efforts du Président, de retour de Syrie, la voix de la France ne parvient toujours pas à peser et plus personne ne dit un mot de la situation inhumaine qui prévaut à Gaza.
Aujourd'hui, partout en France, les Françaises et les Français se souviendront de l’épreuve nationale que fut l’attentat sur la Promenade des Anglais de Nice, le 14 Juillet 2016, qui moins d’un an après les attentats du 13 novembre a touché aussi durement la France, au milieu de la fête et de l’insouciance. Les épreuves partagées rendent les peuples plus forts. Elles nous obligent, nous tous qui en sommes les survivants, à la dette de mémoire envers ceux qui ont perdu la vie, la santé, la paix de l’esprit, un proche. Nous devons ainsi nous souvenir, dix ans plus tard, que notre sécurité exige la vigilance, la mobilisation de tous et l’autorité de l’Etat.
Épreuves partagées, fiertés communes, ambitions futures : voilà depuis plus de deux cent trente cinq ans la clé de notre résilience nationale. Le pouvoir de dire non à l’arbitraire, à l’injustice, à l’oppression un 14 juillet 1789, le pouvoir de dire oui à un avenir commun, à la liberté commune, à l’énergie de la nation le 14 Juillet 1790, lors de la Fête de la Fédération. Un vieux pays a autant de souvenirs qu’il eut de fêtes nationales. Celles qu’il fallut honorer en exil, comme ce 14 Juillet 1940 dans les rues de Londres, ou dans la clandestinité courageuse comme ce drapeau hissé au péril de leur vie par cinq jeunes gens d’Evron le 14 Juillet 1941, face à la Kommandantur, ou comme ce déferlement patriotique de la renaissance nationale que fut le 14 Juillet 1944.
Car le message le plus fort du 14 Juillet, c’est sans doute : quelles que soient les difficultés aujourd’hui, rien ne nous sera impossible tant que nous serons unis.
A cette heure, c’est vrai, le changement climatique étouffe la France dans une troisième canicule. Les températures ont écrasé le pays. Pour la première fois de notre histoire, l’État a déclenché un plan de sécurité civile contre la chaleur. L’impuissance des gouvernements successifs sur l’adaptation de notre pays suscite la colère. On avait promis trente mille appareils de rafraîchissement à nos hôpitaux : guère plus de sept mille ont été livrés. Dans des chambres à plus de trente degrés, des malades meurent de la chaleur excessive. Nos trains s’arrêtent. Nos paysans comptent leurs pertes : le maïs qui grille sur pied, les vergers brûlés, des millions de volailles mortes, vingt-cinq mille hectares partis en fumée.
A cette heure, la pauvreté atteint son plus haut niveau depuis trente ans, les inégalités leur sommet depuis 1996, notre dette pèse sur nos enfants, et notre jeunesse diplômée frappe à des portes qui ne s’ouvrent plus.
A cette heure, une révolution avance. L’intelligence artificielle décide déjà de ce que nous lisons, de ce que nous produisons, de ce que nous pensons. Elle décidera seule demain, peut-être, de la victoire et de la défaite. Nos alliés nous ferment l’accès à leurs modèles les plus avancés, et nous découvrons une dépendance nouvelle.
L’heure est venue de reconquérir notre souveraineté et notre dignité tous azimuts, dans l’industrie de défense, dans les technologies.
Tout cela est le résultat d’un renoncement.
Alors, demain nous nous souviendrons que rien de tout cela n’est une fatalité. Nous célébrons un peuple qui, un jour, a décidé qu’il ne subirait plus.
Ce que nous avons réussi, nous pouvons le réussir à nouveau. La France reste une nation d’ingénieurs, de savants, d’inventeurs, de créateurs et de paysans, une nation qui sait se lever quand on lui dit la vérité et qu’on lui donne un cap.
Cela suppose du courage : dire l’effort avant l’élection, et non après. Voilà notre rendez-vous. Non pas une France qui commente le monde, mais une France qui y pèse. Non pas un État qui promet, mais un État qui livre. Non pas la nostalgie d’une grandeur passée, mais l’exigence d’une grandeur à refaire.
Aujourd'hui, dans la joie d'être ensemble pour célébrer notre fête nationale, trouvons chacun en nous le courage de dire : « Nous sommes fiers d'être Français. »
Joyeuse fête nationale à toutes et tous.
Dominique de Villepin
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